Doctorat.gouv.fr : comment construire une plateforme nationale sans repartir de zéro

Publié le mercredi 24 juin 2026

Parcours solitaire, débouchés incertains, carrière exclusivement académique : le doctorat continue de faire l'objet de nombreuses idées reçues. Pourtant, la réalité a profondément changé.

Au cours des vingt dernières années, la recherche s'est transformée, les liens entre monde académique et monde socio-économique se sont renforcés et plusieurs réformes ont contribué à faire évoluer les conditions de préparation du doctorat en France.

C'est pour accompagner cette évolution et mieux informer les futurs doctorants qu'est née la plateforme nationale (Ouvre une nouvelle fenêtre) doctorat.gouv.fr.

Nous avons échangé avec Sylvie Pommier, qui pilote le projet au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, sur les défis rencontrés lors de sa construction et sur les enseignements qu'elle tire aujourd'hui de cette expérience.

Rendre le doctorat plus lisible

Le doctorat est à la fois une formation et une expérience professionnelle. Entre l'établissement d'inscription, l'école doctorale, le laboratoire, l'employeur ou encore le financeur, les acteurs impliqués sont nombreux.

Pour les futurs doctorants, le parcours peut rapidement devenir difficile à appréhender.

« L'accès au doctorat est difficile pour des publics qui ne sont pas déjà dans les circuits académiques. Trouver un sujet de thèse, une encadrante ou un encadrant, une équipe d'accueil... tout cela reste complexe. »

L'objectif de doctorat.gouv est donc double : rendre l'information plus accessible et simplifier progressivement l'accès à un écosystème particulièrement riche mais parfois difficile à comprendre.


Une première étape : créer un site de référence

L'ambition de la plateforme est importante. Mais l'équipe choisit d'avancer étape par étape.

La première consiste à mettre en place un site national de référence, capable de fournir une information fiable sur le doctorat, les carrières des docteurs et les dispositifs mis en place par le ministère.

« Nous avions le projet de proposer une plateforme nationale du doctorat pour répondre progressivement à ces enjeux. La première étape était de mettre en place un site vitrine visible et facile à trouver. »

Pour cela, l'équipe fait le choix de s'appuyer sur des solutions existantes afin de consacrer l'essentiel de ses efforts à sa mission : rendre le doctorat plus lisible, plus accessible et plus attractif.

Choisir un socle déjà éprouvé

Pour construire cette première version de doctorat.gouv, l'équipe opte pour (Ouvre une nouvelle fenêtre) Sites Conformes, le CMS open source soutenu par la DINUM.

Un CMS (Content Management System, ou système de gestion de contenu) est un logiciel qui permet de créer et gérer un site web sans avoir à coder chaque page à la main.

« Utiliser une solution pensée pour les sites de l'État était déjà une assurance de répondre aux critères de l'État sur le design, l'accessibilité ou la sécurité. »

Au-delà de ces garanties, ce choix permet également de bénéficier d'un produit déjà éprouvé et utilisé par d'autres administrations.

« Une solution open source au niveau interministériel, c'est une mutualisation entre administrations avec les avantages habituels sur les coûts, la robustesse et la fédération d'une communauté d'utilisateurs. »


Faire vivre le site au quotidien

Une fois le site lancé, encore faut-il pouvoir le faire évoluer.

L'équipe de doctorat.gouv.fr publie régulièrement de nouveaux contenus, met à jour des informations et associe différents contributeurs à la production éditoriale. Pour cela, la simplicité du back-office joue un rôle important.

« Le back-office est très facile à utiliser. Il permet non seulement de contribuer sans avoir besoin de compétences de développeur, mais aussi d'accorder des droits à d'autres utilisateurs ou de réaliser les principaux paramétrages. »

Cette autonomie permet aux équipes métiers de publier elles-mêmes leurs contenus et d'ouvrir progressivement la contribution à d'autres profils lorsque cela est nécessaire.

L'équipe souligne également l'intérêt des composants standardisés au DSFR proposés par Sites Conformes.

« Le fait d'avoir des composants types répondant aux principaux besoins est un gain de temps pour nous, mais aussi pour les visiteurs qui se sont déjà familiarisés avec leur design et leurs fonctionnalités sur d'autres sites de l'État. »

Autrement dit, le CMS ne sert pas uniquement à mettre un site en ligne : il facilite aussi son évolution au quotidien.


Quand un audit améliore tout un écosystème

Quelques mois après la mise en ligne, l'équipe réalise un audit RGAA afin d'évaluer l'accessibilité de doctorat.gouv.fr. L'exercice permet d'identifier plusieurs pistes d'amélioration.

« L'audit nous a permis d'identifier les typologies de problèmes, ce qui a permis d'y remédier et nous permettra de ne pas reproduire les erreurs à l'avenir. »

Certaines corrections concernent directement les contenus du site. D'autres révèlent des améliorations possibles dans les composants utilisés par l'ensemble des sites construits avec Sites Conformes.

Les résultats de l'audit sont alors partagés avec l'équipe de la DINUM qui maintient le CMS. Une partie des améliorations est ainsi intégrée au socle commun et bénéficie d'office à l'ensemble des 70 sites de l'État administrés avec Sites Conformes.

Ce qui aurait pu rester une correction propre à doctorat.gouv.fr devient dès lors une amélioration durable du produit lui-même.


Découvrir la communauté Sites Conformes

Cette dimension collective devient encore plus visible lorsque Sylvie participe en tant qu'observatrice au Comité Produit de Sites Conformes.

Elle y rencontre des équipes issues d'autres administrations, confrontées à des problématiques proches des siennes : accessibilité, sécurité, multilinguisme ou encore gestion de plusieurs sites.

« J'ai découvert avec plaisir que nos priorités à court terme étaient déjà inscrites dans le plan d'action de Sites Conformes. »

Mais ce qui la marque le plus est le fonctionnement même du comité.

« J'ai trouvé très intéressant de regrouper dans ce Comité Produit des membres de l'équipe Sites Conformes, mais aussi des utilisateurs qui sont contributeurs au développement de la solution, et des utilisateurs non contributeurs. »

Pour elle, cette gouvernance partagée permet d'identifier plus facilement les besoins communs et de concentrer les efforts là où ils auront le plus d'impact.


Au-delà du site : un produit partagé

L'expérience de doctorat.gouv.fr a permis d'identifier de nouveaux besoins pour Sites Conformes, notamment autour du multilinguisme ou de l'interopérabilité avec d'autres produits numériques de l'État.

Comme l'a montré l'audit d'accessibilité de doctorat.gouv.fr, les besoins rencontrés par une administration peuvent conduire à des améliorations qui bénéficient ensuite à toutes les autres.

Le Comité Produit prolonge cette logique en offrant un espace où administrations contributrices et utilisatrices peuvent partager leurs retours d'expérience et faire émerger des priorités communes.

Pour Sylvie, « cela permet de mutualiser les développements, de partager les dépenses ou les efforts de chacun, de gagner du temps, de s'inspirer mutuellement et d'identifier des besoins communs à plusieurs administrations. »

C'est précisément pour organiser cette coopération qu'a été créé le (Ouvre une nouvelle fenêtre) Club Contributeurs de Sites Conformes. Il réunit les administrations qui souhaitent participer à la gouvernance du produit, partager leurs retours d'expérience et contribuer à définir ses futures évolutions.

Une manière de faire évoluer ensemble un outil commun, au service des besoins de sa communauté.